Structurer la fonction RH entre 25 et 100 salariés

Structurer la fonction RH entre 25 et 100 salariés

Par : Consultant en Ressources Humaines pour les PME. – VPRH | Mis à jour en juillet 2026Temps de lecture : 6 minutes

Vous venez d’arriver comme RRH dans une PME qui a grandi vite. Ou vous y êtes depuis un moment et vous sentez que quelque chose s’est déréglé sans que personne ne sache dire quoi. Les recrutements traînent, les nouveaux repartent plus vite qu’avant, deux managers se regardent en chiens de faïence et attendent qu’on tranche à leur place. Pris isolément, Rien de catastrophique, mais l’accumulation trahit un changement d’échelle que l’entreprise a franchi sans le nommer.

SOMMAIRE

La bascule des 25-100 salariés : quand la proximité ne suffit plus

Ce basculement, on le situe grossièrement entre 25 et 100 salariés. Grossièrement, parce que le chiffre exact n’a aucune importance. Une entreprise de terrain très déléguée peut tenir dans l’informel jusqu’à 60 salariés ; une autre, très centralisée sur son fondateur, craque à 30. Ce qui compte n’est pas l’effectif inscrit sur le bulletin URSSAF mais le moment où le mode de fonctionnement qui a permis de grandir devient précisément ce qui empêche de continuer. 

 

Et c’est vous, Responsable RH, qui héritez du chantier.

Ce n'est pas une histoire de seuil légal

Nous avons tendance à raisonner par paliers réglementaires, parce qu’ils sont commodes. Le CSE devient obligatoire dès 11 salariés, et ses attributions s’élargissent nettement à partir de 50 : consultations récurrentes sur les orientations stratégiques et la situation économique, budget de fonctionnement, personnalité civile, recours possible à un expert [1]. Ces seuils structurent le calendrier juridique d’une PME, et il faut évidemment les tenir.

 

Mais ils ne racontent pas ce qui se joue vraiment. Une entreprise peut franchir les 50 salariés en étant parfaitement à jour de ses obligations sociales et complètement dépassée sur le plan humain. À l’inverse, certaines structures de 40 salariés fonctionnent encore comme une bande de copains, avec une cohésion réelle et zéro process. Le seuil légal mesure une conformité mais ne mesure pas la rupture de proximité.

 

Cette rupture, elle, n’a pas de date. Elle s’installe. Elle se manifeste d’abord par des petites choses : un nouveau collaborateur qui met deux mois à comprendre à qui il doit s’adresser, une décision prise en réunion qui n’arrive jamais jusqu’aux équipes, un désaccord entre deux responsables que personne n’arbitre parce qu’avant, ce genre de tension se réglait autour de la machine à café. Votre travail commence là où ces signaux deviennent visibles et pas au franchissement d’un seuil.

Ce qui casse réellement

Tant qu’on est une petite structure, la cohérence tient toute seule. Le dirigeant connaît chaque personne, chaque dossier, chaque humeur du lundi matin. La culture ne s’écrit nulle part parce qu’elle se transmet par contact direct : on voit comment les anciens font, on copie, on ajuste. Les règles sont implicites et tout le monde les partage, parce que tout le monde était là quand elles se sont formées.

 

Ce système repose sur une condition invisible : que tout le monde puisse se parler. 

Le jour où la chaîne devient trop longue où l’information doit passer par trois personnes au lieu de traverser une pièce, l’informel cesse de faire tenir l’ensemble. On ne peut pas entretenir une relation directe avec 70 personnes, c’est mécanique.

 

C’est là que les irritants deviennent chiffrables

 

  • Les ruptures précoces de contrat, longtemps anecdotiques, se mettent à peser : la DARES rappelle que plus d’un tiers des CDI sont rompus au cours de la première année, dont une part pendant la période d’essai [2]. 

 

  • Chaque départ prématuré, c’est un recrutement à refaire, un manager mobilisé, une équipe qui encaisse,  un coût que certaines études chiffrent entre 50 000 et 100 000 euros selon le profil [3].

 

  •  Et le facteur déclenchant est souvent l’intégration : d’après une étude Cadremploi, un cadre sur trois a déjà démissionné à cause d’une mauvaise intégration, dont 65 % dans les six premiers mois [4]. 

 

  • Un baromètre Workelo-Ipsos va dans le même sens : la moitié des salariés déclarent avoir déjà vécu une mauvaise intégration, et un sur trois a quitté un poste avant la fin de la période d’essai faute d’onboarding suffisant [5].

 

À côté de ça, une usure plus sourde s’installe. Des tensions apparaissent entre managers qui n’ont jamais été formés à manager et à qui on n’a jamais dit ce qu’on attendait d’eux.

Et cette impression diffuse, chez les plus anciens, que « ce n’est plus comme avant », la fameuse perte de sens, qui n’est souvent que le deuil silencieux d’une proximité qu’on ne retrouvera pas. 

 

Le contexte français n’aide pas : les enquêtes Gallup placent régulièrement la France parmi les pays où la part de salariés réellement engagés est la plus faible d’Europe. La France est 38ᵉ sur 38 pays européens avec 7% de salariés engagés, contre 13% en moyenne européenne et 23% mondial [6].

 

Ces symptômes ont un point commun : ils ne se règlent pas en recrutant mieux ou en payant davantage. 

 

Ils viennent d’un défaut de structure, et un défaut de structure ne se comble qu’avec de la structure.

Le rôle RH change de nature

Jusqu’à cette bascule, la fonction RH, quand elle existe, est essentiellement administrative. Quelqu’un s’occupe de la paie, des contrats, des déclarations, des visites médicales. C’est indispensable et chronophage, mais ça reste de l’exécution : on applique un cadre qui existe déjà.

 

À partir du moment où la proximité est rompu, ce rôle ne suffit plus. Il faut construire ce qui, hier, se passait tout seul. 

 

  • Formaliser le recrutement, parce qu’on ne peut plus se contenter de « on connait quelqu’un ». 
  • Poser un onboarding, parce que le nouveau collaborateur ne peut plus apprendre son métier en observant le voisin. 
  • Organiser une lecture des compétences, pour savoir qui sait faire quoi et qui pourrait évoluer. 
  • Travailler l’engagement, non pas avec des baby-foots, mais en redonnant du repère et de la reconnaissance là où la relation directe ne joue plus ce rôle. 
  • Poser les bases d’une marque employeur, parce qu’on recrute désormais des gens qui n’ont jamais entendu parler de l’entreprise et qu’il faut leur donner une raison de venir.

 

C’est un changement de métier, pas un ajout de tâches. Vous passez d’une RH qui applique un cadre à une RH qui installe un cadre. 

 

Le premier réflexe consiste à exécuter ; le second, à concevoir. Et beaucoup d’entreprises abordent ce virage sans s’en rendre compte, en confiant « aussi un peu le reste » à la personne qui gérait la paie. Ce qui revient à demander à un comptable de dessiner l’architecture d’un bâtiment parce qu’il sait lire un plan.

 

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Souvent seul·e face à tout

L’autre réalité de cette phase, c’est votre isolement. Dans une PME de 25 à 100 salariés, la fonction RH est très rarement une équipe. C’est une personne, souvent recrutée récemment, souvent la première à occuper ce poste dans l’histoire de l’entreprise, à qui l’on confie un périmètre qui, dans un grand groupe, serait réparti entre cinq services.

 

Vous devez tout couvrir : recrutement, intégration, formation, gestion des carrières, relations sociales, paie parfois, conformité, climat interne, accompagnement des managers. Sans budget dédié la plupart du temps. Sans autres outils que ce que vous bricolez. Sans pair avec qui confronter vos arbitrages. Et avec une direction qui attend des résultats sans toujours mesurer ce que représente la construction d’une fonction à partir de rien.

 

Le risque, dans cette configuration, c’est la dispersion. Quand on doit tout traiter en même temps, on traite tout à moitié, on éteint les incendies au fil de l’eau, et on n’installe jamais rien de durable. Vous passez vos journées à réagir au lieu de bâtir. Un an plus tard, les mêmes irritants sont là, vous êtes épuisé·e, et la direction se demande pourquoi « ça n’a pas changé ». La sortie ne consiste pas à travailler plus mais à structurer.

Une approche en trois temps

Ce n’est pas une méthode complète, c’est un point de départ, pensé pour éviter le piège de la dispersion. Le principe tient en une phrase : ne rien structurer d’un coup, tout structurer dans un ordre.

Temps 1 - Cibler le point de rupture prioritaire :

avant de construire quoi que ce soit, identifiez l’endroit où ça fait le plus mal, en le rendant mesurable. Combien de départs avant un an ? Combien de temps entre l’ouverture d’un poste et la prise de fonction ? Combien de managers en difficulté réelle ? Un ou deux indicateurs suffisent. L’objectif n’est pas de tout diagnostiquer, mais de désigner le levier qui, traité en premier, soulagera le plus vite un problème visible. C’est ce chiffre de départ qui, plus tard, prouvera que votre travail a produit un effet.

Temps 2 - Installer un seul pilier, de bout en bout :

choisissez le chantier prioritaire et vous le menez jusqu’au bout avant d’ouvrir le suivant. Un pilier installé « à moitié » ne produit rien ; un pilier installé complètement change une réalité. Concrètement, cela veut dire poser le processus, l’outiller, l’écrire pour qu’il tienne sans vous, former les personnes concernées, et le faire vivre au moins un cycle complet. Mieux vaut un onboarding qui fonctionne vraiment que quatre chantiers ouverts et aucun abouti.

Temps 3 - Ancrer, mesurer, puis enchaîner :

une fois le pilier en place, vous revenez aux chiffres du “Temps 1” pour objectiver le résultat, vous rendez cette progression visible auprès de la direction, c’est ainsi que la fonction RH gagne sa crédibilité et, souvent, son budget, puis on désigne le pilier suivant selon la nouvelle priorité. Vous recommencez le cycle. Brique après brique, dans l’ordre, chacune tenant debout seule.

 

Ce déroulé fonctionne parce que les grands domaines RH sont autonomes : chacun peut être installé indépendamment, selon la priorité du moment, sans qu’il soit nécessaire de tout reconstruire en même temps. Reste à savoir quel levier activer en priorité.

Si le sujet brûlant, c'est le recrutement et l'intégration

C’est souvent le meilleur point d’entrée, parce que le retour sur investissement y est rapide et visible : un processus clair, une annonce qui dit la vérité, un onboarding tenu sur les quatre à six premières semaines suffisent à faire chuter les départs précoces. Double bénéfice : vous résolvez un problème coûteux et vous installez d’emblée la crédibilité de la fonction.

 

Ressource VPRH – Recrutement & Intégration. Les supports prêts à l’emploi pour structurer cette étape efficacement dans votre contexte : Roadmap d’activation, Workbook (du cadrage du besoin au sourcing efficace) et Bibliothèque d’outils opérationnels. Une ressource, activable seule selon votre priorité, en toute autonomie. 

Si le sujet brûlant, c'est le climat social et l'engagement

Quand le turnover et l’ambiance sont les points de friction, on entre par l’engagement : comprendre ce qui décroche, redonner des repères, réoutiller les managers pour qu’ils tiennent leur rôle,  d’autant que la qualité du management pèse lourd dans l’engagement des équipes. L’enjeu n’est pas de multiplier les avantages, mais de réinstaller de la reconnaissance et de la clarté là où la proximité ne les produit plus spontanément.

 

Ressource VPRH – QVCT & Engagment. De quoi passer du diagnostic au pilotage : sondage de satisfaction et cadre RGPD, feuille de route, plan de communication, programme ambassadeurs, tableau de bord KPI. Un cadre d’actions autour de 5 piliers dont l’organisation et le management. Une ressource autonome, activable indépendamment des autres leviers. 

Si le sujet brûlant, c'est l'attractivité

Quand vous recrutez des candidats qui n’ont jamais entendu parler de l’entreprise, la marque employeur cesse d’être un sujet secondaire. Il ‘agit de rendre lisible et crédible ce que l’entreprise offre réellement, pour attirer sans survendre et surtout éviter le décalage entre le poste promis et la réalité, première cause des départs en période d’essai.

 

Ressource VPRH – Marque Employeur & Expérience Collaborateur. Le kit complet pour poser les fondations : workbook comme support de travail, roadmap d’activation et bibliothèque d’outils, jusqu’au tableau de bord de pilotage. Une ressource autonome, à activer selon le moment de l’entreprise. 

Ce qu'il faut retenir

La bascule des 25-100 salariés n’est pas une question de taille de structure mais plutôt un moment, celui où la proximité qui portait tout cesse de suffire, et où l’entreprise doit remplacer le lien direct par de la structure sous peine de s’user.

 

Pour vous, RRH, l’enjeu n’est pas de tout tenir ni de tout traiter en parallèle. Résister à la tentation du tout-en-même-temps et bâtir méthodiquement, actionner un levier après l’autre, en commençant par celui qui soulage le plus vite un problème mesurable. Ce qui se joue là, c’est le passage d’une entreprise qui fonctionnait par à l’informel à une entreprise qui fonctionne par cadre. Celles et ceux qui le prennent au sérieux au bon moment s’épargnent des années de plafonnement. Les autres finissent par le payer, en départs, en tensions et en énergie perdue,  la vôtre comprise.

Pour avancer

VPRH construit précisément les ressources opérationnelles qui manquent au RRH seul face à cette bascule : des leviers prêts à activer, chacun autonome, pour installer votre cadre RH. Recrutement & Intégration, Engagement & QVCT, Marque Employeur : trois portes d’entrée, à choisir selon votre priorité du moment. Chaque levier existe en trois formats complémentaires : une Roadmap pour cadrer la démarche, un Workbook pour la mener, une Bibliothèque d’outils pour l’outiller

 

À vous de commencer par la bonne brique. Le reste suivra dans l’ordre.


FAQ - Structurer la fonction RH entre 25 et 100 salariés
1. À partir de combien de salariés faut-il structurer la fonction RH ?

La structuration RH se joue le plus souvent entre 25 et 100 salariés. L’effectif exact compte peu. Tout dépend du degré de délégation et de la place qu’occupe le dirigeant dans le quotidien. Deux entreprises de même taille peuvent vivre ce basculement à des moments très différents. Le vrai déclencheur se lit dans les premiers signaux de dysfonctionnement : un arbitrage que personne ne prend, une décision qui n’atteint jamais les équipes, un nouvel arrivant qui met des semaines à comprendre à qui s’adresser.

2. Pourquoi le rôle du RRH change-t-il dans une PME en croissance ?

Le rôle du RRH change de nature. Il faut désormais créer les cadres, pas seulement les appliquer. Dans une petite structure, la fonction se concentre sur la gestion administrative : paie, contrats, obligations sociales. Passé le seuil de proximité, la transmission spontanée entre collègues cesse de suffire, et il faut bâtir des dispositifs qui n’existaient pas. Recrutement, parcours d’intégration, cartographie des compétences deviennent des chantiers à concevoir de A à Z. La RH devient l’architecte de sa propre fonction.

3. Comment structurer les RH quand on est seul·e dans une PME ?

Structurer les RH en solo demande une discipline : avancer par priorités successives. Mener tous les sujets de front épuise et n’aboutit à rien de solide. La méthode tient en trois temps. On repère d’abord le point de tension le plus coûteux et on le chiffre. On installe ensuite un seul dispositif, jusqu’à ce qu’il fonctionne vraiment. On mesure son effet avant d’ouvrir le suivant. C’est cet ordre, brique après brique, qui produit des résultats durables.

4. Quel chantier RH traiter en premier dans une PME de 25 à 100 salariés ?

Le chantier prioritaire est celui dont l’effet se voit vite sur un problème mesurable. Le recrutement et l’intégration offrent souvent le meilleur point de départ. Les résultats y sont concrets et rapides. Un cadre de recrutement lisible, une annonce fidèle au poste et un accompagnement soutenu pendant les premières semaines réduisent nettement les départs prématurés. Cette première réussite ancre aussi la légitimité de la fonction auprès de la direction.

5. Pourquoi les nouveaux salariés partent-ils pendant la période d'essai ?

Les départs en période d’essai tiennent en grande partie à une intégration mal préparée. Les données de la DARES le montrent : plus d’un tiers des CDI prennent fin dès la première année, une partie de ces ruptures survenant pendant l’essai. Une enquête Cadremploi confirme ce poids. Un cadre sur trois déclare avoir déjà quitté une entreprise à cause d’une intégration ratée, dont 65 % dans le premier semestre. Chaque départ laisse derrière lui un poste à repourvoir, un encadrement de nouveau mobilisé et une charge financière loin d’être anodine.


Références

[1] Ministère du Travail, « Les attributions du CSE » (articles L.2311-2 et L.2312-2 du Code du travail) – code.travail.gouv.fr ; Légifrance, Titre « Comité social et économique ». code.travail.gouv.fr – Les attributions du CSE ; articles L.2311-2 et L.2312-2 sur Légifrance


[2] DARES, « Plus d’un tiers des CDI sont rompus avant un an » (DARES Analyses) – dares.travail-emploi.gouv.fr


[3] Étude Mozart Consulting sur le coût du recrutement raté (2017), estimé entre 50 000 et 100 000 € selon le profil. mozart-consulting.com – Taux d’échec du processus d’embauche (TEPE) (données 2015-2017)


[4] Étude Cadremploi (2019) : un cadre sur trois déclare avoir déjà démissionné à la suite d’une mauvaise intégration, dont 65 % dans les six mois suivant l’arrivée. cadremploi.fr – 33% des cadres ont déjà démissionné à la suite d’une mauvaise intégration 


[5] Baromètre Workelo-Ipsos sur l’onboarding (échantillon de 800 salariés français) : 50 % ont déjà vécu une mauvaise intégration ; un salarié sur trois a quitté un poste avant la fin de la période d’essai faute d’un onboarding suffisant. workelo.com – Baromètre de l’Onboarding Workelo x Ipsos (juin 2024)


[6] Gallup, « State of the Global Workplace » : la France figure parmi les pays où la part de salariés engagés est la plus faible d’Europe (environ 7 %), très en deçà de la moyenne mondiale ; l’encadrement direct explique une part majeure de la variation de l’engagement des équipes. gallup.com – State of the Global Workplace: France ; données France 2023-2024 


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